Le présent du verbe « biti » (être) : formes courtes et formes longues
En serbe, le verbe « biti » (être) possède au présent deux séries de formes pour chaque personne, et c'est sans doute ce qui surprend le plus quand on vient du français. D'un côté, les formes courtes, ou enclitiques : sam, si, je, smo, ste, su. De l'autre, les formes longues, accentuées : jesam, jesi, jeste, jesmo, jeste, jesu. Les deux disent la même chose, mais ne s'emploient pas dans les mêmes situations. Au quotidien, ce sont les formes courtes qui dominent. On dira « Ja sam student. » (Je suis étudiant), « Ona je umorna. » (Elle est fatiguée) ou « Mi smo kod kuće. » (Nous sommes à la maison). Ces petits mots sont atones : ils s'appuient sur le mot qui les précède et ne peuvent jamais ouvrir une phrase. C'est la fameuse règle de la deuxième position : l'enclitique se place après le premier mot accentué. On ne dit donc pas « Sam Ana. » mais bien « Ja sam Ana. » Les formes longues, elles, prennent le relais dès qu'on a besoin d'un mot autonome et accentué. On les emploie pour commencer une phrase, pour insister, pour répondre seul (« Jesam. » = « Oui, je le suis »), et dans de nombreuses questions par oui ou non : « Jesi li gladan? » (As-tu faim ?). Une remarque pour un francophone : en français, « être » n'a qu'une seule forme de présent par personne (je suis, tu es, il est…) et aucune copie « atone » qui se faufilerait en deuxième position. La difficulté n'est donc pas la conjugaison en elle-même, mais ce double système et l'obligation de ne jamais laisser la forme courte en tête de phrase. Une fois ce réflexe acquis, « biti » devient l'un des verbes les plus utiles du serbe : il sert aussi à former le passé.
Exemples
- Ja sam student. I am a student.
- Ona je umorna. She is tired.
- Jesi li gladan? Are you hungry?
La leçon complète
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Voici l'erreur qui vous trahit aussitôt comme débutant en serbe: commencer une phrase par le mot pour suis. Il ne peut tout simplement pas venir en premier, et comprendre pourquoi vous ouvre le verbe le plus important de la langue.
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Le verbe, c'est biti, être. C'est le verbe le plus fréquent du serbe, et il réserve une subtilité qui vaut le détour.
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Être a deux formes au présent par personne: une courte, atone, du quotidien, et une longue, accentuée, pour insister ou commencer une phrase.
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Voyons les formes courtes au complet. Ce sont celles que vous direz presque à chaque phrase. Écoutez comme elles sont légères et rapides: elles s'appuient presque sur le mot d'avant. sam, si, je, smo, ste, su
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La voici en action. Je suis étudiant. Le mot sam occupe la deuxième position, juste après ja. Ja sam student.
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Encore une. Elle est fatiguée. La forme courte de est est je, là encore en deuxième, appuyée sur le mot précédent. Ona je umorna.
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Et au pluriel: Nous sommes à la maison. Smo veut dire sommes pour nous, bien calé en deuxième position. Mi smo kod kuće.
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Le schéma dans les trois: la forme courte ne vient jamais en premier. C'est un clitique, trop léger pour ouvrir, alors il glisse en deuxième position.
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Voici le piège classique du débutant. On ne peut pas dire Sam Ana pour Je suis Ana: le clitique n'a rien sur quoi s'appuyer. Mettez un mot devant, comme ja, et sam retrouve sa place en deuxième position. Ja sam Ana.
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Et si vous voulez commencer par être, pour répondre Oui, je le suis? Là, la forme pleine brille. Jesam tient seule comme un je le suis marqué. Jesam.
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La forme pleine sert aussi à poser beaucoup de questions par oui ou non. As-tu faim? commence par Jesi, suivi de la petite particule interrogative li. Jesi li gladan?
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C'est une répartition des rôles. Dans la phrase, la forme courte en deuxième position. Pour ouvrir, répondre oui je le suis ou insister, la forme pleine.
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Retenez trois choses. La forme courte — sam, si, je, smo, ste, su — est en deuxième position et n'ouvre jamais la phrase. La pleine — jesam, jesi — sert à insister et questionner.