Le « se » serbe : constructions impersonnelles et réciproques
On découvre d'abord le petit mot « se » comme particule réfléchie. Mais en serbe, il remplit deux autres fonctions essentielles que nous étudions ici, au niveau B1 : l'emploi impersonnel et l'emploi réciproque. Les maîtriser, c'est gagner immédiatement en naturel. Commençons par le « se » impersonnel. La phrase dit ce qui se fait, sans nommer de sujet précis ; le verbe est en général à la 3e personne du singulier : « Ovde se ne puši. » (On ne fume pas ici.), « Kako se to kaže ? » ou « Kako se to kaže na srpskom ? » (Comment dit-on cela ?) et « Ovde se govori srpski. » (Ici on parle serbe / le serbe se parle ici.). En français, c'est exactement la valeur du pronom « on » ou de la tournure passive : « on ne fume pas ici ». Le « se » serbe exprime une règle, une coutume, quelque chose de général, un peu comme un règlement affiché. La seconde fonction est réciproque : deux personnes ou plus agissent l'une sur l'autre. Le verbe se met alors au pluriel : « Vidimo se sutra. » (À demain / On se voit demain.), « Volimo se. » (Nous nous aimons.), « Poznaju se godinama. » (Ils se connaissent depuis des années.) et « čujemo se » (on se tient au courant / on reste en contact). Le français connaît la même logique avec « se… (l'un l'autre) » : « se voir », « s'aimer », « se connaître ». Attention : en serbe, « se » est obligatoire ici. Sans lui, l'idée de réciprocité disparaît. Un mot sur l'ordre des mots : « se » est une clitique et occupe en principe la deuxième position de la phrase, juste après le premier élément accentué. Atone, il « s'appuie » sur le mot qui précède. Les erreurs fréquentes des francophones : (a) ajouter un sujet concret à une phrase impersonnelle — « Kako ti to kažeš ? » signifie « Comment dis-tu cela, toi ? » et n'est plus général comme « Kako se to kaže ? ». (b) oublier le « se » dans une phrase réciproque — « Vidimo sutra » perd le sens « se voir ». (c) mal placer la clitique dans la phrase. Surveillez ces trois points et votre « se » sera juste.
Exemples
- Kako se to kaže? How do you say that?
- Ovde se ne puši. No smoking here.
- Vidimo se sutra. See you tomorrow.
La leçon complète
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Ovde se ne puši. Vidimo se sutra. Deux phrases tout à fait ordinaires — et pourtant le même petit se y accomplit deux tâches totalement différentes. Dans l'une, il n'y a personne ; dans l'autre, deux personnes se renvoient l'action l'une à l'autre. Tirons cela au clair une bonne fois pour toutes.
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La particule se accolée au verbe sait faire bien des choses, mais aujourd'hui nous regardons deux rôles clés. Le premier est impersonnel : tu dis ce qui se fait, sans dire du tout qui le fait. Le second est réciproque : deux personnes ou plus font la même action l'une à l'autre. Trois mêmes lettres, deux mondes.
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Commençons par le se impersonnel. Là, il n'y a pas de sujet, aucune personne précise qui accomplit l'action. Tu parles d'une règle générale, d'une habitude ou de ce qui est permis. Le verbe est le plus souvent à la troisième personne du singulier, et le se lui donne ce sens impersonnel, général — comme s'il valait pour tous.
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Regarde l'écriteau classique que tu vois dans les immeubles et les cafés : Ovde se ne puši. Qui ne fume pas ? Personne en particulier — c'est la règle pour tous. Pas de sujet, le verbe est à la troisième personne, et le se porte ce message général, impersonnel. C'est ainsi qu'on rédige une interdiction sans montrer personne du doigt.
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On demande de la même façon comment quelque chose se prononce ou se nomme. Voici une phrase dont tu auras besoin chaque jour en apprenant la langue : Kako se to kaže na srpskom? Encore une fois, pas de sujet — tu ne demandes pas comment toi tu le dis, mais comment cela se dit en général. Le se impersonnel transforme la question en question générale, comme si tu interrogeais toute la langue.
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Le se impersonnel décrit aussi une habitude ou ce qui est d'usage à un endroit. Sur une pancarte dans un magasin ou sur la porte d'un cabinet, tu liras : Ovde se govori srpski. On ne dit pas qui parle — le message, c'est que le serbe est la langue de la maison. Govori se, radi se, jede se : c'est le schéma pour tout ce qui vaut de façon générale.
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Passons maintenant au second rôle — le se réciproque. Là, il y a bel et bien un sujet : deux personnes ou plus. Mais elles ne font pas l'action sur un tiers, elles la font l'une à l'autre, mutuellement. Le sujet est au pluriel, et le se signifie l'un l'autre.
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C'est dans un verbe que cela s'entend le plus chaleureusement. Quand deux personnes s'aiment l'une l'autre, elles disent tout simplement : Volimo se. Nous aimons — qui ? L'un l'autre. Ici le se n'efface pas le sujet, au contraire : il montre que l'amour va dans les deux sens, mutuellement.
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Le salut le plus courant au moment de se quitter est aussi un se réciproque. Quand tu prends congé de quelqu'un, tu ne dis pas au revoir, mais : Vidimo se sutra. Vidimo se — nous nous verrons l'un l'autre. Il y a un sujet, nous, et l'action est réciproque. C'est pour cela que ça sonne plus chaleureux qu'un simple adieu.
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Voici d'autres verbes réciproques que tu utiliseras sans cesse — ils suivent tous le même schéma : sujet au pluriel plus se. Poznaju se godinama i često se čuju. Poznaju se — ils se connaissent l'un l'autre. Čuju se — ils se donnent des nouvelles l'un à l'autre. Vole se, grle se, mire se : quand deux personnes font la même chose l'une à l'autre, le se arrive.
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Et maintenant le piège principal, la raison pour laquelle tu es ici. La grande tentation est de traduire une phrase impersonnelle avec un sujet concret — avec tu ou ils. Mais Kako se to kaže n'est pas Kako ti to kažeš. Dès que tu introduis une personne, tu perds ce sens impersonnel, général.
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Et inversement : avec le se réciproque, ne va pas oublier le se et le changer en action sur un tiers. Vidimo se signifie l'un l'autre ; sans se, vidimo réclame un objet — qui voyons-nous ? Laisse le se porter la réciprocité.
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Récapitulons. Le se impersonnel : tu dis ce qui se fait, mais pas qui — Ovde se ne puši, Kako se to kaže. Le se réciproque : deux personnes font l'action l'une à l'autre — volimo se, vidimo se. Demande-toi : il n'y a personne, ou nous deux l'un à l'autre ? La réponse te dit de quel se il s'agit.