Le datif en serbe : le cas du destinataire
En serbe, le datif (« dativ ») est le cas du destinataire : celui ou celle à qui l'on donne, dit, écrit ou apporte quelque chose. Il répond aux questions <b>kome ?</b> (à qui ?) et <b>čemu ?</b> (à quoi ?). C'est exactement ce que le français appelle le complément d'objet indirect. Là où le français a beaucoup de mal à le voir — car il s'appuie sur une préposition (« à », « pour ») ou sur un pronom comme « lui » : « je donne le livre à mon frère », « je lui écris » —, le serbe, lui, n'ajoute aucun petit mot : il modifie directement la terminaison du nom. Tout le travail se fait à l'intérieur du mot. Les terminaisons du singulier se résument à deux schémas. Les noms masculins et neutres prennent <b>-u</b> : <b>brat → bratu</b> (frère), <b>prozor → prozoru</b> (fenêtre), <b>dete → detetu</b> (enfant). Les noms féminins en -a perdent ce -a et prennent <b>-i</b> : <b>sestra → sestri</b> (sœur), <b>žena → ženi</b> (femme). Comparez « je donne le livre à mon frère » et <b>Dajem knjigu bratu.</b> : ici, la seule différence entre « le frère » sujet et « à mon frère » destinataire tient à la finale -u de <i>bratu</i>. De même, <b>Pišem sestri.</b> (j'écris à ma sœur) : le -i de <i>sestri</i> porte à lui seul le sens de « à », sans aucune préposition. Un petit groupe de verbes appelle toujours le datif. Retenez-les comme un bloc : <b>dati</b> (donner), <b>reći</b> (dire), <b>pisati</b> (écrire), <b>pomoći</b> (aider), <b>verovati</b> (croire, faire confiance) et <b>zahvaliti</b> (remercier). Avec chacun d'eux, le destinataire passe au datif. Le datif suit aussi deux prépositions de direction, <b>prema</b> et <b>ka</b> (« vers, en direction de ») : <b>Idem ka gradu.</b> (je vais vers la ville) — <i>grad</i> devient <i>gradu</i>. Et quand une phrase contient deux compléments, chacun a son cas : ce que l'on donne se met à l'accusatif, celui à qui on le donne au datif. <b>Dajem deci poklone.</b> : <i>poklone</i> (les cadeaux) est l'objet direct à l'accusatif, <i>deci</i> (aux enfants) le destinataire au datif. Deux pièges méritent toute votre attention. Premier piège : le verbe <b>pomoći</b> (aider) régit le datif, et non l'accusatif. En français « aider » est transitif direct (« j'aide mon frère »), si bien que le réflexe francophone est de mettre un objet direct. En serbe, on dit <b>Pomažem bratu.</b> (et non <i>Pomažem brata</i>) — autrement dit, on « aide à quelqu'un ». De même <b>Pomažem prijatelju.</b> (j'aide un ami). Second piège : l'alternance consonantique <b>k → c</b> devant la terminaison -i. Les noms féminins en -ka ne donnent pas -ki mais -ci : <b>majka → majci</b>, <b>ruka → ruci</b>, <b>devojka → devojci</b>. On dit donc <b>Kažem majci.</b> (je dis à ma mère), jamais <i>Kažem majki</i>. Maîtrisez ces deux terminaisons et ces deux pièges, et le datif serbe ne vous prendra plus jamais en défaut.
Exemples
- Dajem knjigu bratu. I'm giving the book to my brother.
- Pišem sestri. I'm writing to my sister.
- Pomažem prijatelju. I'm helping a friend.
La leçon complète
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Tu donnes un livre à quelqu'un, tu écris une lettre à quelqu'un, tu aides quelqu'un. Mais à qui? En serbe, ce à qui a son propre cas: le datif. Si tu le rates, la phrase sonne faux. Maîtrisons-le jusqu'au bout.
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Le datif est le cas du destinataire: celui qui reçoit quelque chose ou à qui l'action est destinée. Il répond à la question kome? (à qui?) ou čemu? (à quoi?). C'est ce qu'on appelle l'objet indirect: non pas ce que tu donnes, mais celui à qui tu le donnes.
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Voici comment se forment les terminaisons. Le masculin et le neutre prennent la terminaison -u: brat devient bratu, dete devient detetu. Le féminin en -a prend la terminaison -i: sestra devient sestri. Deux terminaisons: c'est le cœur du datif.
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Commençons par l'exemple le plus clair: le verbe dati, donner. Tu donnes un livre, mais à qui? À bratu. Dajem knjigu bratu. Je donne le livre à mon frère. Knjigu, c'est ce que tu donnes: c'est l'accusatif. Et bratu, c'est celui à qui tu le donnes: c'est le datif, brat plus -u.
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Maintenant le féminin. Tu écris une lettre, et la destinataire est la sœur. Sestra perd son -a et prend -i: Pišem sestri. J'écris à ma sœur. La terminaison -i sur sestri porte à elle seule le sens du destinataire; aucun mot supplémentaire n'est nécessaire.
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Et voici le verbe le plus important à retenir: pomoći, aider. En serbe, on n'aide pas quelqu'un à l'accusatif, on aide à quelqu'un. Le verbe pomoći exige le datif: Pomažem prijatelju. J'aide un ami. Prijatelj devient prijatelju: datif, pas accusatif. C'est un piège dont nous reparlerons.
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Regardons les formes complètes sur un nom masculin et un nom féminin, pour qu'elles s'ancrent dans ta tête. Brat au datif donne bratu, sestra donne sestri, majka donne majci: remarque comment le k devant -i se change en c.
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Le datif n'apparaît pas seulement avec les verbes de don. Il vient aussi après certaines prépositions, le plus souvent prema et ka, qui signifient un mouvement en direction de quelqu'un: Idem ka gradu. Je vais vers la ville. Grad devient gradu après la préposition ka. Ce serait pareil avec prema gradu.
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Il vaut la peine de mémoriser un groupe de verbes qui exigent toujours le datif. Ce sont, entre autres: dati (donner), reći (dire), pisati (écrire), pomoći (aider), verovati (croire) et zahvaliti (remercier). Avec chacun d'eux, le destinataire passe au datif.
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Et maintenant le piège principal. Le verbe pomoći en serbe exige le datif, pas l'accusatif. C'est pourquoi on dit pomažem bratu, et non pomažem brata. Celui que tu aides est le destinataire de l'action, donc il passe au datif.
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Le deuxième piège concerne le féminin. Avec les noms en -ka, la consonne k devant la terminaison -i se change en c. Majka ne donne pas majki, mais majci. De même: ruka donne ruci, devojka donne devojci.
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Et un dernier exemple, pour tout rassembler. Deux objets dans la même phrase: ce que tu donnes à l'accusatif, celui à qui tu le donnes au datif. Dajem deci poklone. Je donne des cadeaux aux enfants. Poklone: accusatif, ce que tu donnes; deci: datif, les destinataires.
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Récapitulons. Le datif est le cas du destinataire et répond à kome? (à qui?). Le masculin et le neutre prennent -u, le féminin en -a prend -i. Il est exigé par des verbes comme dati, reći et pomoći, ainsi que par les prépositions prema et ka. Retiens: tu aides bratu, pas brata. Maintenant tu sais à qui va l'action.